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Une nouvelle façon de percevoir le monde

mercredi 10 avril 2002

Depuis une centaine d’années les découvertes scientifiques se sont multipliées, elles couvrent tous les domaines de la connaissance et de la technique.

Parmi les découvertes récentes, il en est une qui, jusque là, est passé relativement inaperçue, c’est la découverte de l’asymétrie cérébrale et de ses implications sur notre façon de percevoir. Nos deux cerveaux n’ont pas la même façon de connaître et de comprendre le monde. L’un, le gauche, l’analyse sous l’angle de la raison et de la logique scientifique, l’autre, le droit, en perçoit les faisceaux d’harmonie. Jusqu’à maintenant notre culture a toujours renvoyé dos à dos (ce qui veut dire prêt pour un duel à mort) ces deux approches cognitives. Aujourd’hui de nombreux signes laissent penser que le passage à une dimension supérieure de la connaissance nécessite la mise en relation maximum de nos deux cerveaux, la mise en connivence, en complicité de nos deux façons de percevoir le monde.

Le formidable succès d’Internet avec ses 100 millions de connections permanentes à travers le monde est l’exemple le plus saisissant de la mondialisation des échanges qui est en cours. Cette nouvelle révolution est en passe de modifier de fond en comble notre façon de vivre, de travailler, de penser et même d’imaginer le monde. Nous sommes peut-être en train de vivre un saut qualitatif du même ordre que celui qui s’est produit il y a 70 000 ans lorsque, comme nous allons le voir, les hominidés se sont dotés du néocortex. Cette fois l’organe qui se complexifie n’appartient plus à un organisme humain, c’est une planète entière qui se dote d’un nouveau système d’appréhension du monde, non sans appréhension quelque fois. Tout se passe comme si la planète Terre était sur le point de pouvoir se penser elle même comme une unité. Tous les éléments qui la composent sont reliés par un réseau dense de communications qui se font et se défont en permanence. Ce réseau s’apparente, par bien des aspects, au fonctionnement des neurones de notre cerveau, tel que nous sommes en mesure de l’analyser aujourd’hui. Des progrès scientifiques tout à fait récents ont permis, en effet, de faire des avancées considérables dans la compréhension du fonctionnement du cerveau de l’homme. L’une des plus importantes est sans aucun doute la mise à jour de l’asymétrie cérébrale fonctionnelle. L’homme est le seul être vivant dont les deux hémisphères cérébraux sont dédiés à des tâches cognitives différentes. Toute la connaissance des neurosciences jusqu’à maintenant reposait essentiellement sur ce que l’on connaissait de l’hémisphère gauche, le seul qui ait vraiment accès à la parole. L’hémisphère droit, souvent appelé hémisphère mineur, n’était jusqu’à présent considéré que comme l’assistant muet de son éloquent jumeau.
Depuis une dizaine d’années l’hémisphère droit est très à la mode aux États Unis. Parti de la côte ouest, où ont eu lieu quelques unes des plus importantes découvertes, entre le Caltech et l’Institut Palo Alto, l’engouement s’est répandu à travers tout le continent nord américain. Des cours de développement de l’hémisphère droit ont fleuri un peu partout, des lois sont proposées pour que l’enseignement soit orienté vers le développement des facultés du cerveau droit, pas un média qui ne parle de l’hémisphère droit. En très peu de temps, à la façon d’un raz de marée, comme sait en provoquer parfois le pragmatisme anglo-saxon, l’hémisphère droit est devenu un phénomène culturel.

Le vieux continent européen s’est montré, jusqu’à présent, très réservé sur cette nouvelle mode. Il est possible que les découvertes récentes sur l’hémisphère droit soient, à terme, susceptibles de modifier profondément notre façon de comprendre le monde. Or la civilisation occidentale a pris sa source en Europe, dans la Grèce antique du 7 ème siècle avant J.C..
Aujourd’hui, au moment où une agence de publicité française très créative choisit "Hémisphère droit" comme enseigne, au moment où un intérêt croissant pour ces découvertes commence à se faire jour en Europe, il était important de faire le point sur ce que l’on sait sur cette partie du cerveau de l’homme, ce continent oublié des neurosciences, qui nous révèle soudain sa puissance jusque là occultée. Quelques certitudes, de nombreuses questions, des extrapolations hasardeuses, un champs de recherche qui paraît s’étendre au fur et à mesure que l’on avance, voilà où en est la science aujourd’hui. C’est encore peu de chose, mais chaque avancée est fascinante car il s’agit toujours de la découverte des mécanismes de la pensée de l’homme, de sa façon d’appréhender la réalité et de se faire une image du monde, des voies que l’être humain utilise pour apprendre et pour créer, pour maîtriser le monde et le transformer. C’est cette histoire que nous allons vous raconter maintenant, elle commence il y a plusieurs milliards d’années.