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Le plis

Une stratégie unique dans l’histoire de l’évolution.

lundi 15 avril 2002

Dans sa recherche de toujours plus de complexité l’évolution s’est trouvée avec l’homme devant un sérieux problème il y a environ 100 000 ans.

A ce moment là, sous l’effet conjugué du développement de la dextérité des mains pour la fabrication des outils et des armes, et de l’apparition du langage, le cerveau a grossi. Il est sur le point de grossir plus encore avec l’apparition d’une nouvelle faculté qui va permettre d’élaborer les concepts abstraits. Jusque là, lorsque le cerveau avait besoin de place la boite crânienne grossissait, c’était tout simple. Mais cette fois-ci le scénario change.

Au cours de l’évolution des hominidés le grossissement du cerveau s’est accompagné, dans un premier temps, d’une augmentation générale de la taille du squelette. Mais il semble qu’avec la nouvelle possibilité de se servir d’outils qui prolongent le corps, le rapport poids/taille du squelette humain a atteint son efficacité maximale dans sa recherche d’adaptation à l’environnement. Le squelette dès lors ne va plus se développer dans les mêmes proportions qu’auparavant.
Il faut bien comprendre que ce qui est important pour obtenir un maximum d’efficacité, c’est le rapport entre le poids du cerveau et la taille de l’individu. Certains mammifères, comme la baleine ou l’éléphant, ont des cerveaux beaucoup plus importants que le notre en volume, mais l’essentiel de leurs fonctions cérébrales est dédié à la gestion de leur masse considérable. Le seul mammifère qui s’approche de l’homme dans ce rapport entre le poids du cerveau et la taille du corps est le dauphin.
Tandis que le squelette de l’homme cesse de grandir le cerveau, lui, continue de grossir. L’augmentation du volume de la boite crânienne qui s’ensuit va avoir des conséquences très importantes.
Le cerveau des bébés à naître grossi, mais le bassin des femmes ne grandit plus dans les mêmes proportions. Pour que la tête puisse passer dans le bassin de la mère la naissance doit avoir lieu plus tôt, le temps de gestation dans le ventre maternel diminue. Cela est important car cette gestation inachevée va permettre l’apprentissage en créant une dépendance plus longue du petit d’homme à sa mère et au groupe dont il est issu. Cette nouvelle transmission du savoir va engendrer des transformations importantes de la société qui vont, à leur tour, transformer les hommes et agir sur le volume de leurs cerveaux.
La gestation intra-utérine des bébés humains ne peut toutefois pas être diminuée indéfiniment parce qu’arrive un moment où le petit être n’est plus viable lorsqu’il quitte le ventre de sa mère. La médecine moderne en sait quelque chose avec les prématurés.
Si le volume crânien continue d’augmenter l’espèce risque de s’éteindre parce que les petits ne seront plus viables à la naissance. Ce n’est toutefois pas cela qui va empêcher le développement du cerveau suivant la loi racine, la loi fondamentale de notre évolution : toujours plus de complexité.
La boite crânienne ne peut plus grandir, et le cerveau doit pourtant augmenter ses capacité, alors comment faire ? C’est là que la nature invente une stratégie extraordinaire.
Jusque là, comme pour tous les autres mammifères, les deux hémisphères du cerveau des hominidés faisaient strictement la même chose, l’un étant plus dédié au côté droit du corps, l’autre au côté gauche. Tandis que la partie motrice et sensitive va demeurer symétrique chez l’homme, la nouvelle couche corticale, qui concerne plus spécifiquement les fonctions gnosiques, va, cette fois, définir des zones spécifiques pour chaque fonction sans les dédoubler de façon symétrique comme auparavant. Un accroissement limité du cerveau permet ainsi de multiplier ses capacités de façon considérable. Ainsi, alors que le néocortex de l’homme est 3,2 fois plus gros que celui du chimpanzé, l’asymétrie cérébrale a permis une amélioration du cerveau équivalent, en volume, à 5,4 fois celui du chimpanzé.
La nouvelle spécialisation fonctionnelle du cerveau va désormais s’organiser autour de la première fonction cérébrale asymétrique : la parole. Pour parler nous utilisons l’aire de Broca, située, nous l’avons vu, dans l’hémisphère gauche. Pour comprendre le langage, nous allons utiliser l’aire de Wernicke, également située dans l’hémisphère gauche. L’hémisphère droit possède, lui aussi des aires spécifiques du langage, symétriques de l’aire de Broca et de l’aire de Wernicke, mais, sauf dans certains cas, les aires du langage de l’hémisphère droit ne donnent pas accès à la parole. C’est vraisemblablement cet accès direct ou indirect à la parole qui va entraîner les grandes spécialisations hémisphériques que nous allons analyser maintenant.