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L’hémisphère silencieux

mercredi 17 avril 2002

Longtemps ignoré parce que plus caché que son voisin, ce sont principalement ses fonctionnalités qui ont été mises à jour par les découvertes récentes.
On l’appelle l’hémisphère silencieux car il ne détient pas l’usage de la parole. Il n’en a pas moins un langage qui lui est propre.

Il a une perception globale des choses

L’hémisphère droit est spécialisé dans la perception holistique des relations, des modèles, des configurations et des structures complexes.
Il considère toujours les choses d’un point de vu général, global, il a peu le souci du détail, mais son appréhension de la totalité est instantanée, même à partir d’un fragment.
C’est lui par exemple qui permet de reconnaître quelqu’un à partir du détail d’une photo, des quelques traits d’une caricature ou encore qui permet de fredonner un air à partir de l’écoute des premières notes de musique.

Il reconnaît le tout à partir d’un fragment

La reconnaissance des visages est une faculté propre à l’hémisphère droit. Oliver Sacks raconte dans "L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau" l’histoire terrible d’un homme dont la fonction de rappel de la mémoire visuelle de l’hémisphère droit est endommagé. Sa vision procédait, selon les critères de l’hémisphère gauche, par une analyse détaillée, minutieuse, séquentielle et quasi clinique d’un objet sans jamais parvenir à se former une vision globale. Même quand il s’agit de quelque chose d’aussi évident qu’un gant. Le même problème se posait à lui pour les visages, il ne pouvait les reconnaître du premier coup d’oeil que s’ils avaient une particularité saillante très marquée, comme un très gros grain de beauté, une cicatrice ou une barbe en pointe.
Pour les autres il ne les voyait tout simplement pas jusqu’à ce qu’ils aient émis un bruit. Une respiration, une démarche, un toussotement et bien sûr une parole lui permettait de voir la personne. Il avait en quelque sorte compensé son trouble visuel par la musique des corps !

Il est musicien

La perception et la compréhension de la musique est, en effet, une des faculté spécifique de l’hémisphère droit. L’hémisphère gauche est sans doute habilité à l’analyse musicale, au solfège, il décortique, il analyse, mais pour avoir une audition d’ensemble, pour que les notes assemblées deviennent une mélodie il faut la puissance de synthèse de l’hémisphère droit. On pense bien sûr immédiatement au génie de Mozart qui entendait dans l’hémisphère droit la musique qu’il écrivait avec l’hémisphère gauche.

Il gère la complexité

Cette faculté de percevoir la totalité à partir d’un fragment que ne possède pratiquement pas l’hémisphère gauche, donne à l’hémisphère droit la capacité de mettre de l’ordre dans la complexité chaotique du monde. Il va ainsi participer à la construction de classes logiques et intervenir de façon importante dans la formation des concepts.
Le concept, en effet, est une structure totalisante qui peut exprimer dans un langage condensé, un mot le plus souvent, une idée complexe. Or la gestion de la complexité, l’appréhension globale des choses, l’expression condensée, sont des caractéristiques du cerveau droit. Dans certains cas de lésions importantes de l’hémisphère droit on a observé que les patients pouvaient avoir un langage très fluide, beaucoup de vocabulaire, une syntaxe parfaite, pour construire des phrases qui n’ont ...aucun sens !

Il perçoit la réalité

Sa capacité à gérer la complexité lui permet de percevoir la réalité dans son ensemble de façon directe, sans interprétation. Pour que cette perception parvienne à la conscience il faut toutefois qu’elle soit traduite dans le langage de l’hémisphère gauche. Ce dernier, qui ne peut s’empêcher d’interpréter, va faire un tri dans les informations qui lui parviennent. Il va traduire celles qui sont acceptables pour le "moi", celles qui ne remettent pas en cause l’image que l’individu se fait du monde. L’hémisphère gauche crée en permanence un discours cohérent pour justifier le comportement de l’individu, le rassurer dans son identité, et lui donner le sentiment que son existence s’inscrit dans une continuité sans faille. La conscience n’a donc pas accès aux données brutes que l’hémisphère droit perçoit de l’extérieur, elle n’en a qu’une interprétation. Pourtant ces données sont là, quelque part dans le cerveau. C’est, sans doute, un accès à ces données que recherchent les bouddhistes par la méditation lorsqu’ils préconisent de "percevoir sa propre réalité".

Il comprend mal le langage parlé

L’hémisphère droit n’est pas capable de comprendre toutes les finesses du langage de l’hémisphère gauche, sa syntaxe est pauvre, son vocabulaire aussi, il ne comprend pas la négation, n’utilise pas les prépositions ou les conjonctions, on pourrait dire qu’en terme de langage parlé il s’exprime comme un enfant de trois ans.

Il gère le non-dit

Pourtant sa participation à l’expression et à la communication est essentielle. Il va très largement enrichir la relation interpersonnelle par une lecture très approfondie du non-dit, une traduction instantanée du langage corporel et émotionnel de l’interlocuteur.
Il repère le mouvement des yeux, la musique de la voix, la prosodie, la posture générale du corps, les gestes des mains, des pieds, les changements de la couleur de la peau, ainsi qu’un ensemble d’odeurs extrêmement fines qui traduisent la peur, la joie, l’acquiescement, la soumission, le désir, l’angoisse, le stress, la maladie, le mensonge ou l’agressivité. Si, la plupart du temps, on ne sait pas pourquoi on sent de l’attirance, de l’indifférence ou de la répulsion pour une personne, il semble, aujourd’hui, que le cerveau droit, lui, le sache. Seulement, comme on l’a découvert avec les commissurotomisés, l’hémisphère droit n’a pas un accès direct à la parole, il doit, pour exprimer ce qu’il ressent, négocier avec le cerveau gauche qui la plupart du temps est occupé à d’autres tâches conceptuelles autrement plus importantes !

Pour avoir accès à l’hémisphère droit il sera donc utile de faire taire le discours incessant de l’hémisphère gauche. Toute une nouvelle thérapie s’est développée autour de cette idée. C’est aussi la technique utilisée depuis 1 500 ans par le Zen pour atteindre "le satori", l’état d’éveil.
Les émotions, qui sont en rapport avec les structures sous corticales du système nerveux, communiquent avec les deux hémisphères qui les font monter à la conscience. Toutefois, selon leur contenu, elles peuvent passer par le cerveau gauche ou le cerveau droit. Les émotions qui transitent par l’hémisphère droit peuvent provoquer des réponses avant même d’avoir été verbalisées. C’est ainsi que dans les relations interpersonnelles, tandis que l’on écoute ou que l’on parle le corps adopte des attitudes de réponse directes et interactives à l’attitude de l’autre, sans que cela passe par le conscient.

Il s’identifie au groupe

La conscience du "je" est une élaboration très sophistiquée de l’hémisphère gauche, tandis que le plus haut degré d’identité de l’hémisphère droit semble être l’appartenance au groupe. C’est ce type d’identité collective qui est mis en oeuvre dans des opérations de manipulation de masse, comme le nazisme, comme ce qui se passe dans certaines sectes, partis politiques, groupuscules terroristes ou intégrismes religieux. L’identité de groupe est poussée à son paroxysme, par toute sortes de rituels et de symboles auxquels l’hémisphère droit est très sensible, jusqu’à libérer une violence collective terrifiante tout en court-circuitant la conscience individuelle et les tabous très puissants que gère l’hémisphère gauche.
Même en l’absence de manipulation extérieure manifeste, le cerveau gauche semble être très souvent renseigné de façon très tardive et indirecte sur la relation au monde de l’hémisphère droit et du système limbique. C’est cette relation spécifique et directe ainsi que l’ensemble des signes et des réponses qui l’accompagne qu’analyse et traite la Programmation Neuro Linguistique appelée P.N.L..

Son temps est biologique et affectif

Tout se passe un peu comme si la structure temporelle de l’hémisphère droit était différente de celle de l’hémisphère gauche. Pour l’hémisphère droit le temps n’est pas unique mais multiple, il n’est pas linéaire mais cyclique, il n’est pas mécanique mais vivant. c’est une respiration, un pas, un éclat de rire, c’est différent pour chacun, c’est le jour et la nuit, le cycle des saisons, c’est le temps biologique, le temps du vivant, et c’est aussi le temps affectif qui est très long lorsqu’on attend sa bien aimée, et qui passe si vite lorsque l’on est dans ses bras.
C’est une autre dimension, comme un changement de niveau dans le point de vue.