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Le raccourci

Du foetus à l’homme adulte, un abrégé de l’evolution

jeudi 11 avril 2002

Chaque bébé revit en raccourci l’histoire de notre évolution.

Dans le ventre de la maman, baigné dans le liquide amniotique, dont la composition est voisine de celle de la mer, une cellule unique se divise et se multiplie. C’est également ainsi que se sont développées les premières cellules vivantes dans l’océan. La croissance du foetus semble ainsi suivre le processus d’évolution qui, du poisson au batracien, au reptile, et au mammifère mène enfin à l’homme. Il faut pour s’en persuader regarder les images saisissantes de foetus réalisées par endoscopie. On y voit l’histoire de notre évolution racontée en neuf mois de grossesse. La construction du cerveau semble bien suivre, elle aussi, les mêmes étapes, du cerveau reptilien au néocortex. Tout se passe comme si notre code génétique avait enregistré toutes les mutations qu’il a subi au cours des milliards d’années de son évolution, de la cellule primitive jusqu’à son extrême complexité actuelle, et qu’à chaque fois il devait repasser, dans un délai très court par toutes ces étapes.
C’est ainsi que le petit d’homme doit quitter l’eau du ventre maternel pour vivre dans un milieu aérien, comme les petits batraciens ont quitté l’océan il y a 400 millions d’années. Ceux qui avaient des larmes comme le dit si joliment Jöel de Rosnais dans "La plus belle histoire du monde".
A l’inverse, l’observation du bébé humain nous permet de mieux comprendre aujourd’hui comment sont apparues les dernières évolutions, les plus récentes, celles qui sont spécifiques de l’espèce humaine : la marche bipède, le pouce opposable, le langage, la conscience.

Si à la naissance le nourrisson possède le réflexe inné de la marche, il le perd très vite et doit le réapprendre plus tard dans son développement. Noam Chomsky, le grand linguiste américain, a montré que le langage est inné chez le petit d’homme, mais il ne fait pas pour autant l’économie de l’apprentissage de la langue. Au cours de l’évolution, le cerveau des bébés est devenu plus gros et l’accouchement a dû se produire plus tôt qu’auparavant pour que le nourrisson puisse passer dans le bassin de la femme. Le bébé s’est alors retourné pour que la tête, plus grosse, passe en premier.

Cette naissance précoce a entraîné une dépendance beaucoup plus longue du nourrisson à la mère et au milieu avant de parvenir à la maturité. Cela n’a pas eu que des inconvénients en terme d’évolution, au contraire. Cette dépendance accrue a permis de continuer le développement dans un environnement social et culturel. Or tout ce qu’apprend l’enfant à partir de ce moment là correspond à des spécificité de l’homme, la marche bipède, la manipulation avec les mains, le langage parlé, la conscience. Cet accouchement précoce, par la nécessité vitale de l’apprentissage du milieu qu’il a engendré, a vraisemblablement orienté l’évolution de l’homme vers le social.
L’évolution culturelle prend, à ce moment là, le relais de l’évolution biologique.

Si les fonctions cérébrales du langage sont déterminées génétiquement chez l’homme, cette faculté ne sera développée qu’à l’écoute de la mère et de l’environnement. Pourtant, si le processus semble bien être le même chez d’autres espèces, les oiseaux, par exemple, apprennent aussi à l’écoute du chant de la mère, un point déterminant est différent : les oiseaux utilisent tous le même langage au sein d’une même espèce ; quel que soit son lieu d’origine, le rossignol chante de la même façon au Mexique, en France ou au Japon. Le petit d’homme apprend le langage de sa mère, qui est différent suivant le groupe culturel auquel il appartient, l’espèce Homo n’a pas un langage unique, du moins en terme de langage verbal, analytique et conceptuel, le langage de l’hémisphère gauche.

En revanche il semble bien que le langage non-verbal de l’hémisphère droit soit, lui, commun à toute l’espèce, le rire, les pleurs, la peur, la joie, la transe, la colère, la honte, le mépris, l’amour, la compassion s’expriment partout de la même façon.
C.G. Jung a également mis en évidence que certaines données symboliques sont communes à toutes les cultures, à tous les hommes, c’est ce qu’il a appelé les archétypes.

C’est lorsque l’enfant accède à la sexualité, par la puberté, que la nature signe la fin de la période d’apprentissage. Toutefois, Freud avait déjà signalé que le développement de la sexualité chez l’enfant se fait en trois étapes : dans la première étape, de la naissance à 3 ans, environ, tout se passe comme pour les autres espèces animales, le petit d’homme se prépare à devenir rapidement adulte. Puis apparaît un moment où le développement de la sexualité de l’enfant semble s’arrêter, voire régresser, c’est la période de latence qui dure une dizaine d’années. C’est au cours de cette période que Freud situe le refoulement. Cette période correspond en fait à l’apprentissage des mécanismes de la connaissance, au développement de la conscience individuelle, à la construction du moi. Enfin vers l’âge de 12, 13 ans le développement de la sexualité reprend et l’enfant subit les transformations biologiques qui vont faire de lui un adulte. Il va mettre en oeuvre, alors, de nouvelles formes d’interactions avec le monde extérieur.
Ainsi, au cours de l’évolution de l’homme il semble bien qu’une modification importante soit intervenue dans la croissance des enfants pour laisser la place à l’apprentissage des fonctions cognitives qui lui sont indispensable pour atteindre l’indépendance de la vie adulte.
Cette fois, il semble bien que l’on puisse dire que l’évolution culturelle a modifié l’évolution biologique.